You are currently viewing Dans le secret de l’atelier de Saitou Kazu (Part 2)
Saitou Kazu Copyright

Dans le secret de l’atelier de Saitou Kazu (Part 2)

Quand on sait que la peinture japonaise entretient un lien étroit avec la spiritualité depuis ses origines, il n’est pas surprenant alors de se voir proposer par l’artiste Saitou Kazu de l’accompagner dans un temple bouddhiste pour lequel il a réalisé des peintures en pigments minéraux; oeuvres qui figurent les quatre saisons. Elles sont discrètes au milieu des ors, à la fois lumineuses et humbles comme signes de respect envers la vie, ultime religion.

Saitou Kazu Copyright

Nous pouvons mieux comprendre le mystère de l’oeuvre d’un peintre en allant à la rencontre de son environnement et des lieux qui lui sont chers.

Nous pouvons aussi le découvrir à travers ses mots. C’est pourquoi j’ai proposé à quelques personnes de mon entourage de se joindre à moi  pour poser un regard neuf sur les oeuvres de Saitou Kazu qu’ils découvraient certains pour la première fois et de lui poster quelques questions.

PascaleDans votre peinture, où tout est minimaliste et pourtant tellement riche de vibrations et de ressentis, de quel peintre occidental vous sentez vous le plus proche, et pourquoi ?

Saitou Kazu: Merci beaucoup. Bien sûr, il y a de nombreux peintres dont le travail m’inspire ou m’aide à progresser. Cependant, je n’ai pas encore rencontré de peintre dont l’œuvre me semble proche de la mienne. C’est sans doute parce moi-même je suis encore à la recherche de la nature ou du moi que je n’ai pas encore rencontrés.

Saitou Kazu Copyright
Saitou Kazu Copyright

Anya : Quelles saisons aimez-vous évoquer dans vos tableaux et quelles sont les émotions associées avec chacune.

Saitou Kazu:   Ce n’est pas exactement un ressenti pour chaque saison, mais par exemple pour moi les fleurs de sakura expriment un sentiment de bonheur, la neige évoque la pureté avec son univers noir et blanc, dans la verdure printanière je ressens une force vitale toute neuve, les étoiles et la lune symbolisent l’éternité d’un temps remontant loin dans le passé, le soleil levant symbolise l’impulsion à un nouveau départ, dans chacun de ces éléments de la nature je ressens une signification à exprimer.

Copyright Saitou Kazu

IsabelleQuels sont vos peintres préférés?

Saitou Kazu: Mes peintres de nihonga préférés sont FUKUDA Heihachirô (福田平八郎), HASEGAWA Tôhaku (長谷川等伯), YOSHIDA Yoshihiko (吉田善彦), NOBORU Gaiki (昇外義), TAKEUCHI Kôichi (竹内浩一), ainsi que bien d’autres.

Dominique: Merci pour ce beau voyage, quel éblouissement! Cela donne envie de voir ses œuvres en vrai. Comment vous préparez vous à entrer dans le sujet de votre tableau pour lui donner autant de vie et d’âme? Est ce que vous méditez avant de peindre?

Saitou Kazu: Merci beaucoup, j’aimerais beaucoup aussi que vous voyiez mes œuvres en vrai. La plupart des sujets de mes œuvres naissent en un instant, lors d’une rencontre furtive d’un instant. Je garde précieusement en moi de nombreuses impressions qui ne peuvent pas être représentées visuellement. Et je recherche toujours dans le monde extérieur l’inspiration permettant de leur donner forme. Pour moi, ce qui compte le plus, c’est d’observer l’extérieur, de faire des croquis, des esquisses..

Copyright Saitou Kazu
Copyright Saitou Kazu

Josette: Tout d abord je voudrai vous remercier pour ce partage de merveilleuses peintures qui expriment harmonieusement mes vues philosophiques. Les questions que je pourrais lui poser seraient:
Co
mment choisissez vous votre sujet ? Est ce à partir d une méditation, d’une intuition ou d’ une croyance ?

Saitou Kazu: Continuer de peindre des instants d’exception rencontrés dans le quotidien  me fait me demander en quoi j’y trouve une beauté particulière. C’est à chaque fois un dialogue entre moi-même et le mystère de la fascination qu’exercent sur moi des choses ordinaires toutes proches.

Sur quelle base décidez vous des couleurs ? Est-ce de façon spontanée au fur et à mesure que vous peignez, ou est-ce que le choix de vos couleurs est basée sur une intention personnelle? Si oui, laquelle ?
Josette voit dans vos oeuvres « la manifestation matérielle ou subtile du champ quantique » qu’en pensez vous?

Saitou Kazu:  J’ai assez peu la notion que je suis en train de peindre des choses que j’ai sous les yeux. En ce qui me concerne, je commence par me laisser guider par la force évocatrice émanant de chaque couleur. Je choisis d’abord la couleur de base, puis je diversifie. Pour ce qui est du « champ quantique » , quand je peins des couleurs, je n’ai pas la notion de peindre quelque chose. Le motif en tant qu’objet physique ne m’intéresse pas. A travers le motif, j’espère trouver ce qu’il y a entre lui et moi, c’est ce désir qui m’anime quand je peins. Peut-être est-ce pour cela.

Saitou Kazu Copyright
Saitou Kazu Copyright

Jamel: …il y a dans vos tableaux un équilibre entre la lumière et l’obscurité; comment trouve-t-on cet équilibre à travers le nihonga ?

Saitou Kazu: Merci beaucoup. Je commence par créer les formes en noir et blanc. Ce noir et blanc ne sont pas ce qu’on voit en vrai. Le blanc et le noir sont pour les parties ayant la plus grande luminosité ou la plus grande saturation, pour le reste j’utilise le gris. C’est sans rapport avec les couleurs perçues. Je choisis les couleurs selon ce que je souhaite exprimer.

Copyright Saitou Kazu

Jim: En ces temps, la lumière peut apparaître comme une illusion dépourvue d’essence. Où est l’obscurité dans ce travail ? 

ValériePouvez vous raconter un souvenir d’enfance qui a marqué l’artiste que vous êtes aujourdhui

Saitou Kazu: Quand j’étais enfant je gambadais beaucoup dans la nature, dans la montagne ou à la rivière. La terre était ma toile et j’y dessinais avec un bout de bois. Et puis je regardais toujours le ciel. Je regardais le ciel, et j’attendais que quelque chose en descende, venu du fin fond de l’immensité.

Valérie: Vous m’avez dit que vous avez appris avec le peintre Takeuchi Koichi. Pouvez vous en quelques mots nous dire ce qu’il vous a transmis?.

Saitou Kazu: Takeuchi Kôichi ne m’a jamais dit la moindre chose pour me forcer. Rien qu’en discutant avec lui, je découvre des choses en moi. En fait, nos échanges, même anodins, suscitent en moi toutes sortes de questionnements et de réflexions intérieures.

Valérie: Vous êtes né et vivez aujourd’hui à Kyoto, vous sentez vous imprégné de l’histoire artistique de Kyoto et de quelle manière cela se manifeste dans votre oeuvre?

Valérie Eguchi: A Kyoto il y a vraiment une grande variété de cultures artisanales. Et juste à côté, cette nature intacte. Ces allées et venues entre deux mondes produisent une alternance constante entre tension et relâchement. C’est extrêmement important pour moi. Par exemple, pour ma peinture je ne pourrais pas me passer de la beauté des pigments du Hôkôdô de Kyôto.

Valérie: Comment êtes vous venu à la peinture et pourquoi avoir choisi le nihonga?

Saitou Kazu: Pendant l’été de mon année de terminale j’ai rencontré un professeur qui peignait du nihonga. Je suis tombé sous le charme de la beauté des pigments, de la liberté avec laquelle le nihonga pouvait exprimer l’espace. Je pense que c’est à partir de ce moment que mon nihonga a vu le jour.

Merci Saitou Kazu pour votre accueil.

Saitou Kazu et Valérie Eguchi
Rencontre à Kyoto

Laisser un commentaire