L’année dernière, j’ai été hospitalisée pendant dix jours à l’hôpital Percy de Clamart pour des problèmes pulmonaires. J’ai reçu d’excellents soins de la part d’un personnel très professionnel et attentionné, qui m’a rassurée et aidée à guérir. L’hôpital bénéficiant d’un hall d’une taille et d’une luminosité exceptionnelle, j’ai eu l’idée de proposer une exposition pour manifester la gratitude. Cette exposition s’inscrit également dans la continuation de la célébration des 20 ans de notre association « Pigments et Arts du Monde », à travers laquelle nous avons pu organiser des etegamicall, et recevoir des etegami du monde entier.
Son public est composé de militaires en activité, issus de tous les corps d’armée, ainsi que de civils.
Les soignants militaires, formés à la médecine de guerre et d’urgence, peuvent être déployés en opérations extérieures.
Koike Kunio (1943-2015), écrivain et calligraphe japonais, est considéré
comme le fondateur de l’e-tegami.
Né à Ehime, dans une famille modeste de cultivateurs de mandarines, il a initié
cet art dans les années 1970.
Koike Kunio a popularisé l’etegami à travers tout le Japon, notamment en réalisant
en 1978 un exploit remarquable : peindre 60 000 etegami originaux pour
le magazine Quarterly Ginka, ce qui a contribué à son succès national et à la
reconnaissance de la Poste japonaise qui sponsorise des ateliers dans tout le
Japon aujourd’hui. Son credo :
Heta de ii, Heta ga ii
Si c’est maladroit, c’est bien, soyons maladroits
Quand j’ai rencontré Koike Kunio-Senseï en 2017 à la Maison de la Culture du Japon J’ai eu ensuite la surprise et la joie de recevoir un etegami de sa part avec ses mots:
« Aujourd’hui, une seule fois dans une vie » (一期一会) « Que vous ayez transmis en France l’etegami et nous ayez reliés, quel bonheur »
C’est pourquoi aujourd’hui plus que jamais , il me tient à coeur de faire connaitre sa démarche: L’etegami selon les règles proposées par Koike Kunio, selon une méthode officiellement reconnue.
ps: « 一期一会 » Ichi-go, Ichi-e est un concept qui décrit le caractère unique d’un moment, et dans ce cas précis, d’une rencontre.
Dans cette exposition, on découvrira de nombreux etegami traditionnels. Je les appelle ainsi car ils sont soumis aux règles proposées par Koike Kunio comme elles se pratiquent dans tous les ateliers d’etegami au Japon depuis les années 70. C’est ainsi qu’au cours des dernières années, nous avons reçu des etegami des classes d’etegami de Hamamatsu, du club de Ichikawa, de Bunko Yard à Tokyo ainsi que d’etegamistes amateurs du monde entier à travers l’etegami fun club géré par Deborah Davidson sur Facebook, mais surtout du Japon où les règles proposées par Koike Kunio sont plus volontiers suivies. On les reconnaitra facilement grâce à leurs « lignes de vie » expressives, et aux couleurs succintement posées. De nombreux autres etegami sont réalisés de façon libre, conservant le principe de l' »image-message ».
Une grande partie des etegami sont organisés en thématiques:
- Fruits et légumes
- Fleurs de saison (4 panneaux)
- Fêtes et tradition
- Kokeshi
- Plaisirs de la table
- Autres techniques
- Enfants 7/8 ans Bunko Yard à Tokyo
- Shungo Asada
- Akio Matsuura (1 kakemono, 4 sous verres)
- Fabienne rousseau (femme autiste)
- Valérie Eguchi
- Classe Yuko Mariko Shizuoka 12 à 16 ans (9 kakemonos)
- Zigzag Color Jeunes autistes
- Masae Morita
Je remercie en particulier, les nombreux etegamistes et artistes fidèles depuis des années : Deborah Davidson, Junko Matsugi, Hideko Sonomura, Katarzyna Tekielska, Shungo Asada, Masoaz Prigent, Lisa de Young Jastram, Fumiko Koga, Marita Mc Veigh, Dvorah Hadachihara, Gary Heise, Yoshiko Kondo, Akikazu Ohtsuki et le club d’etegami d’Ichikawa, le club d’etegami de Hamamatsu, Fumiko Miyazaki la classe d’etegami de Bunko Yard, Mariko Yuko artiste et Professeur d’art plastique à Shizuoka .
Alors que j’installais l’exposition, Une femme soignée dans le service des grands brulés est venue me parler car très intéressée par les etegami. Elle est venue en hélicoptère du Loir et Cher après que sa maison, aie brulé, ainsi que la totalité de ses affaires. Elle était étrangement calme et souriante; probablement sous le choc encore.
Comme nous étions devant cette oeuvre de Akio Matsuura, je lui ai dédié ses mot « c’est pour vous » et je lui ai lu à haute voix:
« Aujourd’hui aussi l’arbre de la vitalité grandit.
Aujourd’hui aussi les racines de la ténacite poussent.
Aujourd’ hui aussi les fleurs du sourire s’épanouissent.
Aujourd’hui aussi soyons dans la joie et la gaiete »
L"exposition en détails
Les etegami sont présenté dans des rideaux /pochette avecune alternance de papier couleur, ceci pour ne pas surcharger le regard d’informations. Chaque rideau d’une largeur de 55 cm sur 150 cm, contient 16 formats portrait et 12 formats paysages. Ci dessous, 5 rideaux sur le thème des fleurs et 2 rideaux sur le thème des fruits et légumes.







Chigiri-e (Papier déchiré), Kirigami (papier découpé), zentangle, origami (papier plié), tampon, carton gratté, sont les « autres techniques » que j’ai regroupé dans un kakemono. Les « Plaisirs de la table » sont aussi représentés; les fêtes japonaises avec les koinobori de la fête des garçons, les poupées célébrant Hina Matsuri, les mets traditionnels du Nouvel an avec la dorade (Osechi), et la chasse aux démons de Setsubun qui célèbre l’arrivée du printemps. Un autre kakemono présente des figurines kokeshi, koinobori et casques de guerriers. Ensuite vient le kakemono consacré aux etegami reçu d’une classe d’enfants de 7/8 ans d’une école du quartier de Bunko Yard à Tokyo.
Ci-dessous j’ai souhaité mettre en avant des artistes qui m’avaient envoyé de nombreux etegami. Shungo Asada qui aime expérimenter des techniques alternatives dont la linogravure, mais aussi le feutre et le stylo. Akio Matsuura, qui est plus qu’un etegamiste, un poète au sens noble du terme. Fabienne Rousseau, ma soeur, qui est une femme autiste que j’ai encouragée à dessiner sur ce format, afin de l’intégrer à cette exposition, même si ses dessins sans messages ne sont pas des etegami au sens strict du terme. Quelques uns de mes propres etegami, et un grand etegami reprenant des mots de Koike Kunio autour de carpes en mouvement.
J’ai choisi de présenter des etegami anglophones et francophones ensemble; et comme il n’est pas toujours facile de présenter tous les plus beaux etegami sous une thématique, un kakemono est consacré à « Divers etegami ». Puis deux kakemono qui présentent des etegami réalisés par les jeunes autistes des ateliers de l’association « Zigzag color » avec qui j’ai eu le bonheur de collaborer à l’organisation de 3 magnifiques expositions, à la Galerie Crous à Paris, à la Chapelle de l’hopital de la Pitié Salpétrière, puis au Chateau de Ratilly.
Mariko Yuko, artiste dans le domaine de l’art contemporain et professeur d’art plastique à Shizuoka au Japon, m’a envoyé à plusieurs reprises des etegami réalisés par les enfants de ses classes ainsi que les siens. Les enfants ont à coeur de montrer ce qui fait partie de leur quotidien: ofuro (Le bain), onigiri (boulette de riz fourré), le Mont Fuji au symbolisme si fort, mais aussi des auto-portraits façons selfie ou manga, des voeux de paix, un monde tout couleurs, des messages de soutien…
Après la jeunesse, l’éternelle jeunesse en la personne de Masae Morita. Dans son etegami qu’elle nous envoyait en 2013, Masae-san nous disait: « J’ai eu 100 ans » . Son etegami était accompagné de quelques mots: « Je suis née en 1913. troisième d’une fratrie de 3 filles. Mon père était le prêtre du temple Shinkupu-ji dans le quartier d’Edogawa à Tokyo, où j’ai grandi avec mes sœurs depuis ma jeunesse. J’avais l’habitude d’écrire des tanka qui sont des poèmes composés de 5 lignes. de 5-7-5-7-7 syllabes. J’ai commencé à pratiquer la peinture et à jouer du piano à l’âge de 60 ans. Même à présent à 100 ans, je continue à pratiquer aujourd’hui. J’aime aussi peindre des etegami, jardiner, faire une marche quotidienne, et de la gymnastique.» Masae Morita nous a quitté peu de temps après nous avoir envoyé cet etegami.
Depuis 2013 les etegamicall successifs nous ont permis de collecter des centaines d’etegami venus du monde entier, que nous souhaitons faire voyager dans le cadre d’une exposition itinérante accompagnée d’ateliers. Nous souhaitons que celle ci soit en priorité accueillie dans des lieux dédiés au soin prêts à nous ouvrir les portes après l’exposition actuelle à l’hopital Percy. A travers les nombreux messages que ces cartes portent et que nous partageons avec le public, nous sommes convaincus qu’il est possible de raviver des valeurs essentielles: le partage, le lien, et la bienveillance.
