Notre association Pigments et Arts du Monde, créée en janvier 2004 a fêté ses 20 ans l’année dernière. A cette occasion nous avons organisé une exposition d’etegami qui a eu lieu à l’AGORA, et une exposition autour de la peinture du bouddhisme tantrique et du nihonga; arts enseignés dans l’association par Karma Yeshe et moi même, à l’espace Icare 31 Bd Gambetta à Issy les Moulineaux (au sud de Paris).
Avec cet article , je vais vous proposer de découvrir ce qui rend proche ces deux arts.
Matériaux naturels et préparation artisanale
Les deux traditions utilisent principalement des pigments naturels, issus de minéraux, de végétaux et parfois de coquillages avec de la colle organique pour médium. Dans le nihonga, les couleurs sont réalisées à partir de minéraux broyés (azurite, malachite, corail, nacre, mica, etc.), mélangés à de la colle animale, et appliqués sur du papier ou de la soie. De même, les thangkas tibétains sont peints avec des pigments minéraux et végétaux liés à la colle ou à la gomme arabique, sur une toile de coton préparée avec un enduit à base de craie (blanc de Meudon).
Dans les deux cas, l’artiste prépare lui-même ses matériaux, ce qui demande patience et savoir-faire, ainsi que quelques années d’apprentissage.
Supports traditionnels
Le nihonga est un style de peinture qui se pratique sur du washi , un papier japonais à base de fibres de murier ou de chanvre; ou de la soie tendue sur cadre.
Les thangkas sont réalisés sur une toile de coton tendue sur un cadre, parfois montée sur soie pour être enroulée comme un rouleau.
Un processus de création rigoureux.
Les deux arts requièrent une grande précision, de la patience et un respect de techniques transmises depuis des générations.
Si les étapes de réalisation sont plus strictement codifiées dans l’art des thangkas avec le respect de proportions et de compositions traditionnelles transmises depuis des générations, il est demandé dans les deux arts un dessin préparatoire rigoureux, puis l’application des pigments en couches successives.
Dimension spirituelle et symbolique
Le thangka sont des représentations des qualités naturelles de notre esprit. Objet religieux, support de méditation et de rituel, représentant des divinités, mandalas, ou scènes bouddhiques. Elles sont destinées à transmettre la sérénité, par la représentation. Réalisées au cours de longues heures de travail à la fois méditatif et pictural, elles sont imprégnées par l’état d’être de l’artiste, et diffusent leurs vibration auprès des personnes qui en font l’acquisition, qu’ils soient bouddhistes pratiquants ou simples amateurs.
Le nihonga traditionnel, bien que moins explicitement religieux, s’inscrit dans une tradition artistique japonaise où la nature, le vide (yohaku), et le rapport à l’impermanence ont une dimension philosophique et spirituelle. L’acte de peindre même si il est réalisé « En conscience », imbibe l’oeuvre de paix qui se diffusera ensuite auprès de ses spectateurs. Certains artistes voient dans le processus créatif une quête d’éveil, proche de la méditation. cf Takeuchi Koichi
Les alliés: L'eau, et le temps
Mer, rivière, lacs, vert des feuillages, nuages, brouillard, pluie, neige, l’eau est un lien indisociable avec notre environnement. Dans l’art des thangka et du nihonga, l’eau est le véhicule des pigments. Le respect du vivant et de l’inanimé qui sont propres aux deux cultures nous invitent à conjuguer avec le matériau et non à chercher à le dompter. Trouver la juste mesure pour laisser à l’eau le temps de véhiculer le pigment jusqu’au papier nous amène à la notion de respect du temps accordé à la réalisation de l’oeuvre. Au-delà de l’aspect technique, l’eau incarne aussi une dimension spirituelle : elle symbolise la pureté, la transformation, la souplesse, et dans le contexte rituel tibétain, elle est porteuse de bénédictions et d’offrandes sacrées.
Dans les deux traditions, le temps n’est pas un simple paramètre technique : il est au cœur de la démarche artistique et spirituelle.
Le peintre de thangka s’imprègne des symboles qu’il est en train de peindre; la précipitation n’a pas lieu d’être. On parle de « libération par la vue », c’est aussi un enseignement qui passe par l’observation et la contemplation. La pratique du nihonga est également un cheminement intérieur : le temps consacré à la préparation des matériaux, la lenteur du geste, la concentration sur le motif, tout cela invite à la réflexion, à l’apaisement et à la recherche de paix intérieure qui n’est possible que si l’on s’est extrait de la notion du temps.
Conclusion:
Les deux arts sont issus de traditions picturales ayant voyagé et évolué le long de la route de la soie, partageant ainsi certains matériaux, techniques et motifs.
Nihonga et thangka partagent des points communs fondamentaux : usage de matériaux naturels préparés artisanalement, supports traditionnels, rigueur technique, transmission en atelier, et une dimension spirituelle ou symbolique forte. Ces similitudes témoignent de racines culturelles et techniques issues d’un vaste échange artistique en Asie, tout en conservant des spécificités propres à chaque culture
Avec cet article, j’ai souhaité transmettre ma vision du nihonga tel que je le vis et le partage avec les artistes de la tradition, tout en ouvrant une fenêtre sur l’art des thangka et l’enseignement de Karma Yeshe.
Pour retrouver les conditions d’inscription aux stages de Karma Yeshe c’est ici:
Pour retrouver les conditions d’inscription aux stage de nihonga, c’est ici:
