En septembre 2017 je vous avais présenté les oeuvres du peintre Kazu Saitou , dans un article au ton singulièrement actuel. Qu’il est bon alors de lui rendre visite à nouveau! A l’automne 2018, me trouvant à Kyoto , l’artiste peintre accepte de me recevoir dans son atelier situé dans le quartier d’Arashiyama, pour faire plus ample connaissance. Avant tout, après être venu me chercher à la gare, nous avons traversé le célèbre pont Togetsukyo , le bien nommé (Pont qui traverse la lune), puis nous avons fait une petite balade le long de la rivière Katsura , ponctuée d’échoppes proposant quelques spécialités savoureuses. Des pancartes promettent de belles balades autour des momiji, mais début novembre il est encore un peu trop tôt pour profiter du flamboiement des érables. Le ciel est couvert mais la température est douce, et ce sera ainsi tout au long du voyage.
Nous voici dans l’atelier de l’artiste peintre, qui m’accueille avec beaucoup de gentillesse. Des travaux en cours ou finis, des chassis face contre le mur. Des tableaux encadrés, des tiroirs remplis de pigments.
Mosaïque de tons monochromes ou camaïeux dans lesquelles des formes suggérées indiquent un paysage, une lune blanche et lumineuse ou sombre et mystérieuse.
Je reconnais ses oeuvres et je les vois enfin dans leur format réel, aussi subtiles que je les avais imaginées. Une peinture ébauchée sur une table basse suggère le début d’un végétal en devenir. Aux murs sont accrochés des dessins préparatoires aux lignes claires et précises comme il est souvent de mise dans le nihonga, et des effets de matières sur washi qui porteront l’ébauche de vagues futures. Le peintre est un alchimiste. Ses oeuvres mystérieuses sont le résultat d’une succession de procédés et de gestes en couches d’encre et de pigments minéraux superposées.
Je retrouve ses fameux washi froissés (momigami), un navet tout en rondeur réalisé en superpositions de couches de moriage-gofun sur fond de feuille d’or, sublimant le légume comme un éloge de la simplicité, expression parfaite du « wabi-sabi » cher aux japonais .
Il dit sa préférence pour les pigments mineraux iwa enogu, fabriqués par l’entreprise kokodo et pour un gofun plutôt « soft » que « strong ».
Fascinée par une oeuvre composée d’une lune et de vagues noires, qui se révèle seulement si on l’approche assez, il m’explique le mystère de son élaboration.
Après avoir créé un washi froissé à l’encre sumi sur fond blanc; il a ensuite fait apparaitre l’écume des vagues en gofun, puis il a traité le sable à la poudre d’or. Il a ensuite appliqué du rokusho brulé (malachite: pigment mineral vert que l’on cuit à sec pour obtenir un pigment noir profond ) en fines couches dégradées du ciel vers le sol, puis il a peint la lune d’un noir profond avec un baton de sumi qui produit un noir particulièrement sombre.
Quand je demande à Kazu Saitou quel a été son professeur et maître, il cite alors Takeuchi Koichi et nous nous amusons de cette coïncidence (En effet, j’ai rencontré celui ci la veille) .
Je vois dans certaines de ses oeuvres un extrème dépouillement, comme une disparition des formes , et je me demande: Est ce ainsi que se traduit la quête spirituelle de l’artiste peintre à laquelle faisait allusion Takeuchi Koichi au cours de notre rencontre?
A propos de cet extrême dépouillement, je comprends qu’il y a à travers le travail de la peinture, l’exploration des formes et la recherche de la vacuité telle qu’elle est conçue par la voie bouddhique. » Ainsi, la forme est le vide » « Le vide est bouddha »
(A suivre)
